Une demande accrue pour des produits biologiques crée une opportunité pour les exportateurs ouest africains
Paully Appea-Kubi était avant 2005 un producteur local d’ananas, de mangue et de papaye séchés pour le marché intérieur. Sa participation en compagnie du Centre pour le Commerce au Fancy Food Show, le plus grand salon de produits alimentaires et de boissons spécialisées des Etats-Unis lui a permis de révolutionner sa stratégie concurrentielle.
« Je me suis rendu compte que pratiquement tout le monde demandait des produits biologiques » a affirmé Mme Appea-Kubi, dont l’entreprise, Ebenut, est basée à Accra au Ghana. « Je me suis donc dit, si l’occasion m’est offerte, j’obtiendrai la certification pour être en mesure d’approvisionner le marché américain. »
Un ouvrier emballe des fruits séchés dans une usine de Ebenut.
Cette occasion s’est présentée deux ans plus tard lorsque la GTZ, la coopération technique allemande pour le développement, l’a amenée à un salon professionnel de produits agricoles et que Mme Appea-Kubi s’est alliée à un acheteur qui cherchait à exporter des ananas biologiques vers la Suisse. La transition ne s’est pas révélée facile : la certification biologique exige beaucoup d’une entreprise.
« Il faut être en mesure de localiser le produit dans l’exploitation agricole, de connaître sa provenance » a soutenu Mme Appea-Kubi. « En outre nous n’avions pas un grand nombre d’agriculteurs certifiés biologiques prêts à nous fournir la quantité de produits alimentaires dont nous avions besoin. Nous avons dû les convaincre avant d’acquérir la certification parce qu’elle très coûteuse ici. »
La certification n'est toutefois pas le seul obstacle à surmonter. Après la certification, les producteurs doivent encore inscrire au budget la certification annuelle et s’efforcer d’obtenir une continuité des marchés existants. Selon l’administrateur adjoint du National Organic Program de l’USDA, Miles McEvoy, l’accès aux marchés présente le plus gros défi pour les producteurs qui veulent produire bio et a souligné l’importance de la composante marché.
« Les informations commerciales constituent notre principal obstacle » a t-il ajouté. « Y a t-il un conditionneur à qui je peux vendre ? Y a t-il un distributeur qui veut de mon produit ? Comment puis-je me renseigner sur ces marchés ? De quelle quantité de produits ont-ils besoin ? Des producteurs obtiennent la certification mais n’ont pas de marché. Ils produisent bio et ensuite demandent « pourquoi est-ce que je ne parviens pas à écouler ma production ? » La production bio est très spécifique. Il vous faut avoir en vue vos acheteurs et vos réseaux de distribution. »
Ceci dit, les profits sont de plus en plus importants pour les producteurs en Afrique de l’Ouest. La demande de produits biologiques a sensiblement augmenté sur les marchés internationaux et selon des experts cette demande continuera à croître. Selon une étude sur l’industrie réalisée en 2010 par le Organic Trade Association, les ventes de produits alimentaires biologiques aux Etats-Unis sont passées de 1 milliard de dollars en 1990 à 24,8 milliards de dollars en 2009. Le marché européen des produits biologiques a également connu une croissance d’environ 12% depuis 2007.
« La demande de produits biologiques continue à croître » a affirmé Jon Seltzer, consultant au Centre pour l’Industrie Alimentaire de l’Université de Minnesota. « L’année dernière aux Etats-Unis, bien que la plupart des entreprises aient connu une année difficile, les ventes de produits biologiques dans les supermarchés ont augmenté de plus de 5%. Même avec cette croissance, les acheteurs commerciaux recherchent des producteurs qui peuvent leur fournir le produit dont ils ont besoin dans les délais requis.
Les entreprises en Afrique de l’Ouest qui cherchent à satisfaire cette demande peuvent gagner énormément a affirmé Megan Tweed, conseillère en produits alimentaires spécialisés au Centre pour le Commerce en Afrique de l’Ouest de l’USAID.
« L’agriculture biologique présente une grande opportunité pour les exportateurs ouest africains » a t-elle ajouté. Les produits alimentaires biologiques offrent un avantage compétitif évident pour la région : les fabricants de produits alimentaires peuvent capitaliser sur les méthodes de production existantes qui sont souvent biologiques par défaut. Ils peuvent également tirer profit des prix forts versés pour les produits biologiques, qui peuvent compenser des coûts de production plus élevés.»
« Plusieurs de nos clients qui sont des entreprises ont réussi à augmenter leur part de marché en passant au secteur biologique. En outre pour certains producteurs, la certification biologique a été un facteur essentiel de réussite. »
Carol Miles de l’Université de Washington State parle aux participants lors de l’atelier.
Les entreprises ouest africaines s’en aperçoivent. Un atelier organisé le mois dernier à Accra a attiré plus de 100 participants des secteurs de la noix de cajou, du karité et des produits alimentaires spécialisés qui cherchaient à s’informer sur la manière dont elles pourraient tirer profit des opportunités dans le domaine de l’agriculture biologique.
L’atelier qui était organisé par le Programme international de recherche et de développement de l’Université de Washington State avec l’appui du Ministère américain de l’Agriculture (USDA), a fourni une formation approfondie sur la manière dont les producteurs pouvaient obtenir la certification biologique américaine, la certification de groupe et la manière de parcourir le marché biologique. Il a également facilité des discussions sur des thèmes tels que le développement d’un réseau régional d’appui à l’agriculture biologique.
La promotion de l’agriculture biologique est essentielle en Afrique de l’Ouest–en partie pour des raisons de durabilité et pour lutter contre la dégradation des terres a affirmé Desma Soga, un étudiant de troisième cycle qui étudie la floriculture à l’Université des Sciences et des Technologies de Kwame Nkrumah au Ghana.
Les participants à l’atelier venaient pour la plupart de pays ouest africains à savoir le Ghana, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Niger, le Nigeria, le Mali et le Togo. Certains, telle que Brenda Aluda, responsable de formation à Dudutech, une entreprise commerciale de grande envergure de protection des cultures basée à Naivasha au Kenya, sont venus de plus loin. Dudutech développe des pesticides composés d’organismes vivants consommant les organismes nuisibles, ou ‘bénéfiques’, qui peuvent être utilisés par les agriculteurs biologiques à qui on interdit d’utiliser des pesticides synthétiques.
Dudutech a rencontré certaines difficultés dans la commercialisation des pesticides biologiques.
« Le prix assez élevé de ces [organismes de lutte contre les nuisibles] constitue un défi important » a affirmé Mme Aluda. « En outre la plupart des agriculteurs veulent un seul produit pour se débarrasser d’un grand nombre de nuisibles. Les [organismes de lutte contre les nuisibles] que nous produisons ont pour la plupart une cible spécifique : ils ne luttent que contre un seul nuisible pour un seul produit. »
Une partie du processus de certification implique une inspection annuelle des archives, de la production, du rendement et des ventes. Chaque marché, tels que ceux des États-Unis et de l’Union européenne, impose son propre ensemble de normes que les producteurs doivent satisfaire pour exporter sur ce marché particulier.
Konan Koffi Patrice, un inspecteur à Control Union Certifications, basé aux Pays-Bas et qui a un bureau régional à Abidjan en Côte d’Ivoire, explique « Nous [les inspecteurs] sommes le lien entre le producteur et le marché pour assurer au marché que ce que le producteur produit respecte la réglementation en agriculture biologique. Nous examinons chaque jour les pratiques dans les exploitations agricoles en matière de réglementation pour être en mesure d’assurer le marché et les acheteurs ainsi que les consommateurs que ce que les producteurs produisent est acceptable. »
Des participants écoutent une présentation lors de l’atelier
James Cole, propriétaire de Eloc Farms, qui possèdent des terrains à Nsawam, Kwahu et Kintampo, au Ghana produit des ananas, de la papaye, des mangues et du cacao. M. Cole qui a obtenu la certification biologique de l’UE en 2002, a témoigné de la complexité et du prix élevé du processus de certification. Outre les frais de certification, les coûts liés au respect des normes biologiques incluent l’analyse du sol, les archives et les frais encourus pour obtenir l’autorisation d’exportation. M. Cole a souligné que la certification devait être considérée comme étant une stratégie commerciale à long terme et ne devait pas être prise à la légère.
Les producteurs pourraient faire face à des barrières coûteuses en vue d’obtenir la certification biologique mais M Cole propose une solution–les producteurs biologiques et les marchés doivent établir un partenariat pour assurer la durabilité des pratiques biologiques et les marchés doivent participer aux coûts de maintien de la certification des agriculteurs.
M. Cole soutient que les marchés biologiques ne peuvent pas se comporter de la même manière que les marchés traditionnels. « Nous disons que la production bio dépend du principe d’attention : de la part de l’agriculteur tout comme du consommateur. »
Mme Appea-Kubi a reconnu qu’elle était parvenue à naviguer dans le processus de certification grâce à l’appui technique du Centre pour le Commerce qui a produit un guide à la certification pour les producteurs et a déclaré que dès qu’elle avait relevé les défis relatifs à l’obtention de la certification et l’obtention d’un marché, elle avait recueilli les fruits de son travail sur les plans monétaire et personnel.
« Les produits biologiques sont un marché spécialisé qui est maintenant en expansion » a affirmé Mme Appea-Kubi. « On obtient des prix forts pour les produits biologiques, si on le fait bien. Je suis heureuse de produire des produits qui ne contiennent pas du tout de produits chimiques pour la consommation humaine. »
Alina Xu