L’ECONOMIE IVOIRIENNE EN PERIODE DE CRISE :

ETAT DES LIEUX

 

 

 

Depuis l’éclatement de la crise actuelle que vit la Côte d’Ivoire, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire a entrepris de suivre l’évolution de la situation économique ; cela s’est traduit par l’élaboration quotidienne d’un bulletin donnant la situation des stocks de denrées alimentaires dans les différentes régions et le recensement, par les opérateurs économiques, de tous les blocages rencontrés dans le cadre de  l’exercice normal de leurs activités.

 

De la synthèse de ces différents bulletins, il ressort ce qui suit :

 

 

A. EFFETS DE LA CRISE

 

 

A.1 Sur l’Activité Commerce & Distribution

 

1.     Le commerce et la distribution :

 

L’on a pu observer :

 

·        Une complète perturbation des circuits de distribution avec l’isolement total de certains gros centres de consommation ;

 

·        Le blocage des approvisionnements, même dans les zones sous contrôle gouvernemental, avec par voie de conséquence, des ruptures de fourniture de certaines denrées alimentaires ;

 

·        La fermeture  de commerces dans les toutes les régions du pays et principalement celles victimes d’affrontements ;

 

·        Le gel du crédit « fournisseur » et « client » pour des mesures de  sécurité financière ;

 

·        La délocalisation d’activités par une frange importante d’opérateurs situés dans ou à proximité des zones de conflit, pour des horizons plus sûrs.

 

 

Tous ces faits ont conduit à une forte réduction de l’activité de commerce et de la distribution dans des proportions variant de 30 % à 100 % suivant la zone, l’opérateur et la nature des produits vendus ou distribués.

 

 

A.2 Sur l’activité Industrielle

 

 

L’ensemble du secteur industriel a, du fait de la crise, subi :

 

·        La baisse du chiffre d’affaires  des entreprises  (de 20 % à 100% ) ;

·        La perte de parts importantes de marchés à l’export (tout le marché au nord du pays dans la sous-région) ;

·        La cessation totale d’activité pour beaucoup d’industries ;

·        La perte de compétitivité.

 

Le tableau ci-dessous montre de façon claire les dommages que ce secteur a déjà enregistré et continue de subir du fait de la crise et de sa prolongation dans le temps :

 

 

SITUATION AU 30 NOVEMBRE 2002

 

FILIERE

 

Evolution de stocks produits finis

Taux de perte d’activité

Evolution de  l’emploi

 

EXTRACTION DES MINES

 

 

>  +5 %

 

> 30%

 

0 %

 

L’AGRO ALIMENTAIRE

 

> +2 %

 

> 40%

 

- 20  %

 

LE TEXTILE

 

>  +90 %

 

> 70 %

 

- 80  %

 

LE BOIS – GRUMES

(grumes)

- 30%

 

> 40 %

 

- 65 %

 

 MATERIAUX  CONSTRUCTION

 

+80 %

 

> 70%

 

- 37 %

 

AUTRES INDUSTRIES DIVERSES

 

+ 93 %

 

> 50 %

 

- 16 %

 

L’intensité des effets de la crise est donc variable d’un secteur à un autre. Ainsi :

 

 

2.     La filière textile

 

C’est le secteur qui paie en ce moment le plus lourd tribut à la situation de crise que vit le pays et le risque d’une disparition de ce secteur est grand quant on constate :

 

·        La baisse du chiffre d’affaires (de 47 % à 100 % suivant la zone d’implantation) ;

·        L’alourdissement des stocks de produits finis (+ 89% déjà à fin octobre 2002) ;

·        La perte des marchés locaux et export pour des unités comme UTEXI, TEXICODI ;

·        La cessation des activités pour  les usines d’égrenage, de filature (FTG), de confection (TEXICODI, UTEXI) etc…;

·        La détérioration à terme de la qualité du coton graine encore stocké chez les producteurs  et le risque de perte de 125 milliards  de francs cfa pour la filière, selon certaines estimations.

 

Parmi les secteurs de filature et de tissage, seule la société COTIVO tente, tant  bien que mal, de maintenir un minimum d’activité malgré des conditions et possibilités d’approvisionnement  de plus en plus difficiles. Dans le domaine du finissage et de l’ennoblissement, seule UNIWAX poursuit encore une activité bien ralentie.

 

3.     La filière  agro-alimentaire

 

Moins sinistré que le secteur textile, l’agroalimentaire souffre aussi des effets de la crise, et l’on y observe :

 

·        La survie, fortement menacée, de la production sucrière du pays avec l’inaccessibilité des complexes de FERKE 1 & 2 et Borotou  en zones occupées par les insurgés ;

·        La fermeture d’unités de production  dans les zones de conflit à l’image de TRITURAF ;

·        La baisse sur le chiffre d’affaires consécutive à une perte d’activité de plus 40 % ;

·        La baisse de productivité des employés du fait d’un manque de sérénité  consécutive à une certaine peur.

·        La réduction du niveau de la compétitivité du fait de l’accroissement des prix de revient (coûts d’évacuation des huiles en hausse).

 

 

4.     La filière bois

 

·        Les unités de transformation de la filière travaillent à moins de 60 % de leur capacité  et enregistrent 20 % de perte  de leur chiffre d’affaires, en raison de la réduction des sources d’approvisionnement ;

·        La restriction des marchés  dont la manifestation la plus visible est l’existence de 270 millions de francs cfa de stock de contreplaqué entre les mains d’opérateurs du secteur dans le Bas Sassandra depuis plus d’un mois.

 

La conjugaison des effets mentionnés ci-dessus a provoqué une détérioration du niveau de l’emploi de l’ordre de 62 % donc la mise en chômage technique  de nombreux employés.

 

  1. Autres industries

 

Aucun département n’échappe aux effets de la crise ; en témoignent, déjà à fin octobre 2002 :

 

·        L’industrie chimique enregistre un taux de perte d’activité de 50% et une perte d’emploi de 5,6 % ;

·        Le secteur du bâtiment et des travaux public enregistre 60 % de perte d’activité et une décroissance de l’emploi de 37 % environ ;

·        Les secteurs de l’imprimerie, du papier, de l’édition, des articles ménagers etc.. connaissent des pertes d’emplois à hauteur de 11% et une perte d’activité approchant les 46 % ;

·        Seules l’eau et l’électricité semblent les mieux résister aux effets de la crise même si l’on note un peu de perte du taux d’activité (4 % environ).

 

 

A3- Sur le secteur des services

 

 

6.     Le transport 

 

Au-delà des effets tels que la baisse du chiffre d’affaires (de 30 % à 60 %), de la détérioration de la situation de l’emploi dans ce secteur (-75 %), la crise actuelle a eu pour conséquence :

 

Sur le transport maritime :

 

·        La désorganisation et/ou le ralentissement des trafics ;

·        L’engorgement des entrepôts ; 

·        La réduction du nombre de navires,  ce qui signifie une baisse du trafic de navires ;

·        Un taux d’occupation des magasins de 20  à  25  points au-dessus de la normale (50 à 60 % de taux normal) ;

·        La saturation des terminaux et terre-pleins ainsi que la baisse de l’embauche des dockers.

 

Sur le transport terrestre :

 

Qu’il soit de marchandises ou de personnes, par  voie routière ou ferroviaire, la crise a eu pour conséquence :

 

·        La cessation de services de la SITARAIL, donc l’impossibilité d’utilisation de la voie ferroviaire ;

·        Une absence totale de fluidité de ce secteur ;

·        Des délais de transport très longs ;

·        La cessation d’activités de beaucoup de compagnies de transport de personnes  en raison, partiellement, de l’isolement de beaucoup de régions ;

·        Une augmentation des coûts de transport dans les proportions de 50 à 100 % suivant la destination (600.000 francs de surcoûts pour rallier Abidjan à Aboisso .

 

 

 

Sur le transport aérien :

 

A la chute déjà importante  du trafic passagers, il faut adjoindre la volonté de plus en plus marquée de certaines compagnies de se retirer de la destination Côte d’Ivoire  (cas de KLM).

 

  1.  l’hôtellerie

 

·        Chute du taux d’occupation en raison du blocage ou de la forte réduction des mouvements de personnes et des activités de tourisme  et d’affaires :

 

-         moins de 20 % contre 50 % un an plus tôt à la même période sur Abidjan ;

-         de 0 à 5 % dans les autres régions du pays ;

 

·        Perte du chiffre d’affaires ;

·        Mise en chômage technique du personnel ;

·        Incapacité à honorer les engagements vis-à-vis de l’état  (impôts, patentes etc..).

 

8.     Le Café/Cacao

 

·        Insuffisance de liquidité à l’intérieur pour les opérations de ramassage  et de collecte du cacao effectuées par les coopératives de producteurs et les pisteurs traditionnels ;

·        Accroissement des frais financiers (assurance, fret etc..) ;

·        Perturbation des délais de livraison aux exportateurs ;

·        Détérioration de la qualité du produit ;

·        Engorgement des entrepôts portuaires.

 

     9. Les causes génératrices des effets observés 

 

La crise a entraîné un certains nombre de décisions, de situations, de comportements ou de réflexes qui ont induit les effets pervers constatés ci-dessus.

 

Il s’agit :

 

·        du couvre-feu,  perturbateur du temps de travail qui le réduit dans les faits bien au-delà de sa dimension autorisée ;

 

·        de l ‘insécurité  qui  s’est amplifiée créant une certaine psychose au niveau des opérateurs ;

 

·        l’élévation de barrages civils non contrôlés sur tout le territoire, avec un grand effet perturbateur sur la fluidité des moyens de communication ;

 

·        la perturbation des circuits financiers et l’aggravation du risque pays (catégorie D au classement COFACE ) ;

 

·        la perte de marchés à l’exportation ;

 

·        la rupture des approvisionnements sur certains produits

 

·        l’isolement total ou partiel de certaines régions par rapport au reste du pays.

 

 

B. LES RISQUES DE PROLONGATION DE LA CRISE

 

 

La  prolongation de la crise actuelle dans le temps, au-delà des faits déjà observés, fait courir à l’activité économique  un certains nombre de dangers qui sont :

 

 

·        Le dépôt de bilan pour toutes les entreprises exerçant leurs activités dans les zones de guerre ;

 

·        La mise en chômage de milliers de personnes avec toutes les conséquences sociales qui en sont induites ;

 

·        La perte de la compétitivité des produits ivoiriens sur les marchés à l’exportation ;

 

·        La perte des parts de marché  à l’exportation ;

 

·        Le risque de délocalisation de certaines activités, avec les conséquences négatives sur l’emploi ;

 

·        La perte pour la Côte d’Ivoire de sa position de locomotive économique régionale ;

 

·        La faillite de beaucoup d’opérateurs, notamment dans les activités sinistrées telles que le transport, le textile,  l’hôtellerie ;

 

·        Le risque de désinvestissement dans le pays ;

 

·        L’augmentation du risque pays et par voie de conséquence, le déclassement de la Côte d’Ivoire dans la catégorie des pays à hauts risques financiers contribuant ainsi à éloigner encore plus les investisseurs potentiels étrangers.

 

·        La naissance d’un circuit économique informel, parallèle, échappant  à toute imposition fiscale ;

 

·        Le développement de la fraude sous toutes ses formes ;

 

·        L’absence de certaines recettes fiscales pour l’Etat, donc de ressources en moins pour l’assurance de sa souveraineté.

 

 

C. POUR UNE SORTIE DE CRISE HEUREUSE

 

Les mesures à envisager doivent assurer à l’entreprise ivoirienne :

 

-         sa survie par rapport à cette  situation de crise ;

-         sa compétitivité sur les marchés ;

-         un développement constant et soutenu de son activité ;

-         la restauration de la confiance entre le secteur privé et l’Etat.

 

Quelques unes de ces mesures s’énumèrent comme suit :

 

·        Une baisse générale de l’impôt par :

 

o       Un  dégrèvement d’au moins 50% sur certains impôts indirects tels la patente et l’impôt foncier ;

o       La réduction du niveau de la TVA et un assouplissement des mesures d’encaissement de celle-ci ;

o       Des mesures de remboursement de TVA pour les entreprises exportatrices de biens et services.

 

·        La baisse des charges sociales des entreprises par la réadaptation du  Smig et des lois sociales  aux exigences de compétitivité de l’entreprise ;

 

·        Un moratoire en faveur des entreprises sur certains impôts directs ;

 

·        La remise en route des couloirs économiques ;

 

·        Des conditions de mises en chômage technique adaptées à la situation de crise.

 

 

Pour une meilleure compétitivité de l’entreprise :

           

·        L’octroi de subventions à la production et de prime à l’exportation ;

 

·        La baisse des coûts de facteurs de production ;

 

·        L’octroi de prime à l’investissement ;

 

·        L’instauration de meilleurs rapports de  confiance entre l’Etat et le secteur privé par le respect par l’Etat des engagements pris vis-à-vis du secteur privé et la mise en place de procédures transparentes de recouvrement d’impôts, gage de crédibilité et de réduction de la fraude.

 

Sources :

·          bulletins quotidiens de la CCI-CI  sur la crise

·          INS (Institut National de la Statistique)                                                                                                                                                                

Informations complémentaires :

Comité de Gestion de Crise CCI-CI

Tél. 20 33 16 00 Fax 20 32 39 42

Port. 07 02 85 54 / 07 57 50 62

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