Coton : 19 milliards de F de l’Union européenne pour relancer la production de l’or blanc
                                  
lundi 27 novembre 2006 - Par Fraternité Matin        


Un nombre croissant de paysans, précise le rapport de la mission de l’Union européenne, recherche des alternatives à la culture du coton, du moins à diversifier leurs sources de revenus. Devant cette situation, l’Union européenne a répondu à l’appel du ministre de l’Agriculture, M. Amadou Gon Coulibaly, avec un appui financier de 19 milliards. Pour le court terme, cette somme servira à payer les subventions aux producteurs depuis la campagne 2002-2003, à restructurer le mouvement coopératif et à relancer la filière. Pour le long terme, a précisé le ministre, il a été décidé une réflexion sur l’avenir de la filière compte tenu des difficultés énormes qui l’assaillent. Dans cette optique, un cabinet a été commis pour faire le diagnostic de la filière pour envisager des perspectives meilleures. Après donc le premier tour sur le terrain, M. Séry Hubert, un des responsables du cabinet, trois ateliers ont été initiés à Boundiali, Korhogo et Bouaké autour du thème «élaboration d’une stratégie sectorielle coton: perspectives à moyen et long termes “pour permettre aux producteurs d’analyser leur situation. De l’avis de nombreux responsables de la filière, cet atelier est le bienvenu. “Pour El Hadj Bamba Kélétigui, PCA de URECOSCI(Union régionale des entreprises coopératives de la zone de savanes), le secteur coton est presque mort. « Or il ne suffit pas à un malade d’avoir des médicaments, mais il lui faut quelqu’un pour s’occuper de lui. Grâce à l’UE, nous pouvons sauver la filière.
“De l’avis des spécialistes, la libéralisation de la filière coton intervenue en 1998 est un échec. L’opération n’est pas allée jusqu’à son terme, la CIDT (Compagnie ivoirienne de développement du textile) - nouvelle est encore une société d’Etat. Cette libéralisation a fait naître de nouvelles sociétés d’égrenage. En 2002, LCCI (La compagnie cotonière de Côte d’Ivoire) qui occupe la région de Korhogo a construit et ouvert une nouvelle usine ultra moderne à M’bengué et la société SICOSA (Société ivoirienne de coton) née des entrailles de l’URECOS-CI a aussi ouvert son usine d’égrenage à Korhogo. En 2004, au plus fort de la crise, une autre usine est ouverte à Bouaké par la DOPA. Ce qui porte à cinq le nombre de sociétés d’égrenage: CIDT, LCCI, Ivoire Coton, SICOSA et DOPA(Direction des opérations et de la production agricole). Ce qui fait que la capacité totale d’égrenage est deux fois supérieure à la production globale de coton-graine. Outre cette situation, il faut compter avec le non paiement du coton graine enlevé aux paysans. Depuis La campagne 2001, les producteurs partenaires de LCCI filent un mauvais coton. LCCI est incapable de payer le coton des égreneurs. En plus la crise socio-culturelle a eu d’importants impacts sur la filière. Elle a rendu difficile l’approvisionnement des producteurs en intrants. Les fournisseurs d’intrants ne veulent prendre de risque en vendant à crédit à des paysans dans les zones sous contrôle des Forces nouvelles. Quand ces intrants arrivent aussi, ils sont en quantité insuffisante ou ils arrivent trop tard après la période des semis. Et les paysans en quête de liquidité le bradent à vil prix. Par exemple, a expliqué un producteur anonyme, un sac d’engrais qu’un paysan paierait à 11.000 F après la vente de son produit est bradé à 3000 F. Il faut faire remarquer que le système d’approvisionnement en intrants ne fonctionnait pas toujours correctement. Il repose sur la confiance entre les acteurs et la concrétisation par les producteurs des intentions de culture qu’ils ont déclarées avant la campagne et qui peuvent toujours être remises en cause au moment des semis si les anticipations de rentabilité sont moins favorables. De plus, la surenchère entre les égreneurs peut détourner une partie de la production d’un égreneur vers un autre et fragiliser les remboursements. La crise a aussi fragilisé la filière en la désorganisant. Car dans la quête de liquidité, les paysans ne respectent plus les contrats conventionnels qui les obligeaient à vendre le coton à la société qui les a préfinancés. Il y est apparu aussi le phénomène des pisteurs jusque-là inconnu dans la filière. Ceux –ci sans avoir préfinancé la production paient le coton aux paysans à vil prix et vont le revendre dans les pays limitrophes. Au cours d’une réunion tenue le 20 septembre 2005, le cabinet civil des Forces nouvelles a déclaré avoir intercepté une vingtaine de camions chargés de coton graine aux frontières.

Martial Niangoran
Correspondant régional